Fabriquer une estampe

Mokuhanga signifie « image gravée dans le bois » en japonais. C’est une technique de gravure qui nait à l’époque d’Edo (1603-1868). Connue pour son utilisation dans le genre artistique de l’ukiyo-e (« images du monde flottant »), elle comprend des artistes célèbres comme Hokusai, Hiroshige, Utamaro... Elle connaît un âge d’or au milieu du XVIIIe siècle et réunit alors, sous la direction d’éditeurs, une corporation de métiers s’occupant distinctement de la conception des visuels, de la gravure des planches de bois et de l’impression polychrome.

 

L’artiste Yamamoto Kanae (1882-1946) est le premier à renverser cette conception traditionnelle en réunissant à lui seul ces trois compétences, ouvrant ainsi la voie au sōsaku hanga c’est-à-dire, à l’ « estampe créative ». L’artiste, indépendant de la chaîne de production marchande, applique sa sensibilité à chaque étape du procédé de fabrication de l’image.

La popularité du mokuhanga est probablement due à la qualité des épreuves et à la polychromie. C’est un procédé lent qui nécessite des matériaux bruts respectueux de l’environnement et des outils manuels.  Les peintures utilisées sont à base d’eau, ce qui permet des rendus de couleurs subtiles et des effets de transparences semblables à l’aquarelle.

 

 

Comme pour tout protocole de fabrication d’une image imprimée, le mokuhanga suit trois étapes :

La gravure d’une matrice : A partir d’un dessin reporté sur un bloc de bois, en principe de cerisier (sakura), le graveur met en relief les motifs en utilisant des gouges (mokuhanga to) et un maillet (kizuchi). La gravure est en taille d’épargne, ce qui signifie que le motif est sur le relief. En préliminaire à cette étape, Béno utilise la technologie du laser pour marquer les contours du dessin sur la matrice, il révèle ensuite par gravure manuelle les surfaces d’impression.

 

L’encrage des matrices : Les couleurs sont obtenues en mélangeant de la peinture à l’eau avec de la pâte d’amidon de riz (nori). Elles sont déposées sur le bois avec des pinceaux à pigment (hakobi) et appliquées de façon homogène sur chaque bloc avec des brosses à encrer (marubake), chaque bloc correspondant au passage d’une ou plusieurs couleurs.

 

L’impression sur papier : Les différents passages nécessaires à l’épreuve finale sont imprimés à la main par l’artiste sur un papier Japon (washi). Il utilise une presse manuelle (baren), une sorte de frotton qui presse le papier contre la matrice. La feuille de papier est préalablement humidifiée à l’aide d’une brosse (mizubake) et calée sur le bois grâce à des repères (kento). L’impression des couleurs est successive en passant du plus clair au plus foncé.