Le Jardin Exotique de Monaco est reconnu pour ses collections botaniques. Il l’est moins pour sa dimension architecturale. Pourtant, il représente une prouesse d’ingénierie et un lieu qui a inspiré des gestes architecturaux. Cette exposition propose une évocation de cette histoire à travers les archives du Jardin Exotique, du Service des Travaux Communaux et du Fonds patrimonial de la Médiathèque communale.
A l’origine était un ingénieur, Louis Notari, ce même Louis Notari célébré comme le poète national, artisan du renouveau de la langue monégasque, l’auteur de la Legenda de Santa Devota.
Sitôt sorti diplômé ingénieur du Politecnico de Turin, Louis Notari est nommé par Albert Ier en 1911 ingénieur en chef, chef du bureau technique des travaux communaux. Il est l’homme de l’art chargé de réaliser les projets de la première municipalité élue à la suite de la constitution de 1911. On pense alors à préserver le site naturel exceptionnel du futur Jardin. Albert Ier approuve l’idée et lance le projet d’un jardin botanique dédié à l’acclimatation d’espèces exotiques.
Avant le botaniste, le site fut le « terrain de jeux » de l’ingénieur. Louis Notari décrit en 1938 la prouesse technique réalisée durant plus de 20 ans, de 1912 à 1933 :
« Cette réalisation, cela va sans dire, comportait des difficultés de tout ordre, qui parfois nous firent redouter des échecs. Le mamelon abrupt et aride de l'Observatoire était constitué par des rochers nus et escarpés où l'on aurait vainement cherché une poignée de terre. Quel que peu abrité des vents du Nord par la montagne, il était fouetté furieusement par les autres vents et l'on pouvait se demander comment les plantes exotiques des pays les plus chauds auraient pu résister à la véhémence du mistral et à la température quelquefois glaciale des vents d'Est. Il fallait pour protéger les plantations, recourir à des dispositifs ingénieux en construisant des ouvrages susceptibles de briser le vent ou de dévier les courants d'air nuisibles ; il fallait aussi apporter sur le mamelon aride les deux éléments indispensables pour toute culture: l'eau et la terre végétale qui faisaient absolument défaut. Tout cela devait être fait sans altérer le paysage et de façon qu'une fois les travaux achevés, l'on ne vit que des rochers et des plantes ». (Monaco-cactus, nov. 1938).
Ainsi, durant plusieurs décennies, les équipes de Louis Notari creusent, terrassent, façonnent un réseau d’allées bordées de jardinières remplies de bonne terre, alimentées en eau par des conduites souterraines. Il s’agit aussi de réaliser le programme technique que requiert l’acclimatation des plantes exotiques, en particulier les serres. Chez Notari, l’ingénieur se double d’un esthète : il s’adjoint le savoir-faire des artisans cimentiers-rocailleurs pour aboutir à la création d’un jardin pittoresque. Les rocailleurs, le plus souvent marseillais, auvergnats ou italiens, créent des décors de ciment en trompe-l’œil de faux rochers et de faux bois qui peuplent les jardins des villas, des hôtels et des parcs publics du Second Empire à la Belle époque. Tout est prêt alors dans ce jardin d’ingénieur pour accueillir le botaniste et ses précieuses collections.
Le projet de Joseph Fissore, 1940 (non réalisé)
L’architecte du Gouvernement Joseph Fissore choisit en 1940 de s’inspirer de la « carte postale » exotique que suggèrent le jardin et ses collections de cactées avec un projet puisant son répertoire décoratif dans les éléments d’architectures traditionnelles de la Méditerranée et des mondes hispaniques. La galerie-portique à arcades, les toits de tuiles rondes avec génoises couronnant les façades, la vaste rotonde évoquant les tours-pigeonniers provençaux, les fenêtres sur rues étroites fermées de grilles que l’on imagine en fer forgé, tout concourt à créer une architecture pittoresque qui évoque autant un décor de mas provençal que d’hacienda. Le projet de Fissore ressortit clairement à l’architecture régionaliste en vogue dans les stations balnéaires des années 1920-1930, les « néo », néo basque, néo provençal… qui inspire le Monte-Carlo beach, créé en 1929 par le niçois Roger Seassal, le même qui signe les architectures néo-provençales du château Balsan d’Eze et néo-hispaniques de la villa Cuccia Noya de Saint-Jean Cap Ferrat.
Le projet de Julien Médecin et Ivan Brico, 1964 (réalisé en partie)
Les architectes monégasques Julien Médecin et Ivan Brico réalisent en 1964 un projet de compromis entre modernisme et régionalisme. Sur des volumes géométriques épurés est ajoutée une note régionaliste. Elle est donnée par les toitures de tuiles romaines en saillie et les parements de pierre apparente qui représentent le classique des programmes décoratifs des villas néo-provençales de la période. Dans le projet de la Chaumière, le restaurant, bar-tabac, Brico semble davantage donner libre cours à sa veine résolument moderne. Le bâtiment aux formes simples et fonctionnelles aligne en façade une succession de sept travées que soulignent des lignes rondes décoratives rappelant le design des objets issus de matériaux nouveaux, le plastique et la fibre de verre. Les couleurs vives de sa maquette viennent à propos comme le signe d’une modernité joyeuse.